L’avis des syndicats et des employés

L’organisation de demain doit faire face à des défis majeurs. Une minorité a décidé de changer sa vision du management en abolissant le management pyramidal du contrôle par un management participatif de l’innovation. S’il est vrai que les premiers résultats de ces changements s’avèrent positifs pour l’entreprise et l’employé, il semble toutefois indiqué de considérer les arguments de certains détracteurs, notamment les syndicats qui voient peser une menace sur certains acquis sociaux. Monsieur Pierre Goossens, délégué syndical - SPF Mobilité et Transports – relève certains aspects qui n’ont pas été à son goût dans le processus de libération de son entreprise. Pour lui « les syndicats ont à chaque fois été mis sur le fait accompli, ils ont été court-circuités et tenus à l’écart. Et s’ils étaient invités à la table ronde, pour lui sorte de simulacre, il était clair qu’on ne tiendrait jamais compte de ce qu’ils allaient dire ». Les premiers signes de libération s’observent au sein des entreprises par la suppression du pointage du temps de travail qui est remplacé par la formulation d’objectifs.

 

Une employée d’un service public belge qui s’est libéré affirme qu'il est prioritaire, pour que ce système fonctionne, qu’il y ait une confiance réciproque entre le collaborateur et l’employeur notamment dans la formulation des objectifs. Selon elle « le risque réside dans l’appréciation personnelle de l’employeur lorsque les objectifs ne sont pas atteints pour toute une série de raisons. Dans ce cas, il pourrait reprocher un manque d’investissement en temps du travailleur alors même qu’il aura effectué de nombreuses heures supplémentaires qui ne sont plus calculées ».

 

M. Goossens relève aussi que ces nouveaux modes de travail répondent à une logique idéologique qui amène à oublier une série d’acquis sociaux notamment la mesure du temps de travail. Même si a priori cela à l’air sympathique de ne plus devoir pointer et se concentrer uniquement sur les objectifs, d’après lui, on jette le bébé avec l’eau du bain en oubliant la semaine à 38heures. En quelque sorte, on remplace le travail à l’heure par le travail à la pièce. Ce qui fait peur à M. Goossens, c’est le fait que « l’employé est préparé progressivement par l’entreprise à l’idée qu’il doit réaliser ses objectifs même s’il doit prendre sur ses soirées et ses week-ends et ce jusqu’au burnout ». 

 

D’après Laurent Ledoux, président de SPF Mobilité et Transports, dans l’entreprise libérée, ce n’est plus le chef qui fait des reproches aux « tire aux flancs » mais c’est les membres de l’équipe car les absences ou le manque d’investissement du collaborateur impactent les résultats du collectif. Là aussi, Pierre Goossens y voit une dérive car pour lui cela met les individus en concurrence et casse toute forme de solidarité. Nous sommes donc face à deux conceptions du travail qui s’affrontent, entre solidarité des salariés face à la hiérarchie et émulation collective vers un but commun. 

 

Dans les organisations libérées, il est courant de voir le cloisonnement des bureaux disparaître au profit de grands espaces collectifs de travail dits « open space » ou « dynamic office ». Plus de bureaux fixes, chacun s’installe où il veut. Pour les défenseurs de cette conception, on gagne en transparence en faisant tomber les murs. Les collaborateurs n’ont plus besoin de se déplacer pour aller au bureau d’à côté et poser les questions dont ils ont besoin. Ils le font directement avec leur voisin. Là aussi, pour les syndicats ce n’est pas forcément un gain pour la société. Pour Pierre Goossens, « chacun n’a pas sa place, le collaborateur qui arrive au bureau doit trouver une place ce qui pourrait provoquer des conflits car certains diraient que tel ou tel n’est pas à sa place et qu’il doit libérer le bureau. Il reconnaît cependant que l’open space est bien plus joli à regarder que les alignements de bureau cloisonnés mais pour lui, travailler concrètement dans ces conditions c’est autre chose. Dans ces espaces ouverts, tout le monde, même les visiteurs, voient ce que vous êtes en train de faire, cela crée un contrôle social absolu et c’est difficile, selon lui, d’avoir des conversations privées notamment pour toutes les questions médicales qu’un employé pourrait être amené à communiquer à l’employeur ».